Biographie - Herve Baudat

 

Photographe toujours attaché aux grains d’argent et autres chimies acides, Hervé BAUDAT, né au commencement des années soixante-dix, est l’auteur de portraits d’écrivains. Vous le rencontrerez dans son petit village au sud de la Corse, en Vénétie hivernale, au fin fond des Carpates, dans les couloirs des services de gériatrie des Hôpitaux de Paris, où il réalise, de saison en saison, un travail sur les patients atteints de la maladie d’Alzheimer.
Ses photographies sont présentes, entre autres, dans les collections du Musée Rodin et de la Bibliothèque Nationale.



Expositions
2019 Vies Nouvelles, Cinéma les 7 Parnassiens - Paris
2018 Portraits sans mise en scène, Théâtre de l'étoile du Nord - Paris
2018 Tout doit disparaître, Galerie Le Cris de la Salade & Librairie La Baignoire d’Archimède -  Brive la Gaillarde
2018 La Chambre des fleurs, Galerie l'Oeil Pense - Paris
2018 La Chambre des fleurs – extraits, Galerie Hypercorps avec la revue Féros - Bruxelles 
2017 Les absents - portraits de Patients, Chapelle de l'Hôpital Charles Foix - Ivry sur Seine
2017 Hommage à la beauté, Galerie Agathe Gaillard - Paris
2017 Portraits de femmes Corses - Aullene 
2017 Festival ImageSingulières - Sète 
2017 Maison des Métallos - Paris 
2016 Galerie Fait & Cause - Paris
2016 PHOTOKINA Stand BERGGER - Cologne
2015 FOTOFEVER Carrousel du Louvre sélection Agathe Gaillard - Paris
2015 La France vue d’ici Théâtre de l’Agora - Evry exposition collective
2015 A découvrir Galerie Agathe Gaillard - Paris
2015 Variations L’Agencia - Paris
2015 La Chambre des Fleurs Siège de l’AP-HP Assistance Publique - Paris
2014 Portraits et paroles de patients Hôpital Charles-Foix - Ivry sur Seine
2014 La Chambre des Fleurs Festival ManifestO - Toulouse
2013-2014 Seconde Chance Galerie Agathe Gaillard, Exposition collective - Paris
2014 Alzheimer, photographies cent souvenirs Espace Ethique, Hôpital Saint-Louis - Paris
2012 Alzheimer, photographies cent souvenirs. Cité des Sciences - Paris
Jusqu’en 2011 Illustration de livres, portraits d’écrivains d’artistes et de musiciens
2003 Photographies du temps qui ne passe pas Espace Ethique des Hôpitaux de Paris - Paris
2003 Mes hivers Librairie Gallimard Le Divan - Paris
2000 Univers d’Ecrivains L’Alcazar, exposition collective agence Opale - Paris
1999 Exposition collective, rétrospective revue Digraphe Librairie Mouvements - Paris


Bibliographie

L'Œil double, une année avec mon Rollei Fw, Edition Bergger, Monographie, 2019. 

Tout doit disparaître, Edition Bergger, Monographie, 2017.
La France vue d’ici, Edition de La Martinière, ouvrage collectif, 2017.

Vente de tirages

Mes tirages sont numérotés, signés et réalisés par mes soins. Merci de vous adresser à la galerie Agathe Gaillard, 3, Rue du Pont Louis-Philippe, 75004 Paris. 
https://galerieagathegaillard.com/
Téléphone : 01 42 77 38 24.


Acquisitions

Collection Musée Rodin, Collection Bibliothèque Nationale, Collection AP-HP, Collections privées.


Techniques utilisées

Mes photographies et portraits sont réalisés « à la chambre grand format argentique » ( Graflex Speed Graphic, Graflex Super D ) et autres appareils moyen formats tels que les Mamiya 7 II, Rollei FW ou Pentax 6x7 II…
Les négatifs noir et blancs sont dévloppés par mes soins et scannés sur Imacon Hasselblad.
J'utilise pour mes tirages les papiers Hahnemühle Baryta FB 350G et Hahnemühle Museum Etching 350G.



Article-interview par fabien Ribery dans L'intervalle.



Il y a une grande jeunesse, et un profond désir de vie, sensualiste, généreux, dans le regard du photographe Hervé Baudat.

Sur une proposition d’Olivier Marchesi, présenté récemment dans L’Intervalle, l’artiste a conçu, au fil des images qu’il produisait, un album entièrement consacré à ses photographies prises au Rolleiflex sur une année, L’œil double (Bergger éditions).

Ami de Claude Dityvon, Denis Roche, Mathieu Bénézet, Olivier Trilon, et de la galeriste Agathe Gaillard, Hervé Baudat a fait de la photographie un art de vivre, une manière d’approcher le monde de façon à la fois directe et précautionneuse, pudique et franche, dans la volupté de l’argentique brûlant le temps pour le sauver.

L’Intervalle présente pour la première fois son travail, et ce n’est qu’un commencement.




Comment décrire le boitier Rollei Fw que vous utilisez ? Pourquoi ce choix ? Quelles sont ses possibilités ?

Le Rollei Fw est une petite boîte rectangulaire, élégante, sans doute magique, dans laquelle on plonge son œil. La vision y est ample, vertigineuse, lumineuse, enchantée. C’est une mécanique séduisante avec laquelle on peut aborder et saisir des personnes inconnues sans le moindre préambule, sinon un sourire ou un regard entendu.

Quel est le projet de votre livre, L’œil double, et quelles continuités/ruptures avec le précédent, Tout doit disparaître ? Aimez-vous les changements de direction, voire les ruptures ?

L
’idée d’Olivier (Marchesi), qui a conçu l’ouvrage, était de créer un livre « gonzo ». Je ne savais pas très bien ce que cela voulait dire mais je trouvais le mot rigolo. La définition sur Wikipédia me promettait une belle liberté de création. On s’est mis rapidement à l’ouvrage. Je n’avais pas beaucoup de photographies prises au Rollei pour la bonne raison que je ne m’en servais que depuis quelques mois – et qui plus est, ce n’était pas le seul boîtier que j’utilisais… Nous avons composé le livre au fur et à mesure des photographies que je faisais.

Pour Tout doit disparaître, la conception a été différente. Ce premier livre regroupe des photographies prises entre 1997 et 2017. Tout existait donc déjà, y compris les mots puisés dans des carnets et bouts de papiers.

Ces deux opus se répondent et s’entremêlent. Le lecteur y croisera parfois sans le savoir les mêmes apparitions et visages….


Comment avez-vous construit votre livre ? Quels étaient vos orientations formelles indiscutables ?

Rien n’était indiscutable, au contraire. A peine développées, j’envoyais à Olivier mes nouvelles images accompagnées de quelques lignes. Je désirais faire, non pas un livre, mais un album de musique (populaire) qu’il fallait composer au fur et à mesure, dans un temps limité. Les mots – les paroles – destinés à une photo se déplaçaient, se retrouvaient sur une autre, créant par là même des échos, des sens cachés…

Pourquoi continuez-vous de travailler à l’argentique ?

J’aime l’idée que rien ne m’empêchera d’utiliser ce Rollei FW jusqu’à mon dernier jour. C’est un appareil ancien mais il a beaucoup d’avenir. Il vivra encore, je l’espère, nombre d’histoires, il voyagera, il désirera, il croisera des êtres qui ne lui survivront pas, des amours, il verra maintes fois la neige sur Paris, peut-être des guerres, que sais-je… ?

Je m’efforce de photographier simplement avec un matériel simple, parfois de presque un siècle, comme ma chambre 4/5 Graflex B qui date des années vingt…

Je pense qu’être photographe c’est choisir et faire perdurer sa manière de créer sans subir une succession de nouveautés éphémères que l’on nous présente toujours comme indispensables. La modernité, ce n’est pas de changer d’instrument – donc de timbre et de sonorité – tous les deux ans. Quant à la beauté de faire brûler les grains d’argent, il suffit juste de la voir et de la ressentir.


Comment avez-vous formé votre regard ? Etes-vous autodidacte ?

Je me demande. Quand j’ai débuté, je photographiais très spontanément ce qui se présentait devant mon petit Minolta que je réglais en automatique afin de ne pas être embêté avec la technique, que je refusais absolument d’apprendre. J’allais montrer régulièrement mes images à Claude Dityvon, et à Denis Roche dans son petit bureau encombré des éditions du Seuil.

Je passais aussi beaucoup de temps avec l’écrivain Mathieu Bénézet. J’illustrais ses livres [notamment : Moi, Mathieu Bas-Vignons, fils de…, roman, Actes Sud, 1999, Naufrage, naufrage, roman, Léo Scheer, 2002, Ne te confie qu’à moi, Flammarion, 2008, Le Ciel c’est l’accident, L’arachnoïde, 2014 et bien d’autres] avec, je le cite de sa grosse voix affectueuse, « tes photos pourries où on ne voit rien ». On sortait jusqu’à l’aurore. Des bars nocturnes de la rue Delambre, j’empilais les tirages. Tout cela était assez désordonné jusqu’à ce que je devienne de manière éphémère l’assistant d’Olivier Trillon, photographe de nature morte au parcours fulgurant et prestigieux. Là j’ai appris, non pas tellement la technique, mais surtout l’importance et l’amour de l’instrument, autrement dit de l’appareil photo et des optiques…


Avez-vous beaucoup fréquenté la galerie Agathe Gaillard, à Paris ?

Oui, durant des décennies j’allais voir les expositions de manière très espacées, m’efforçant de prendre l’air détaché et nonchalant du visiteur non-photographe. Je prenais soin d’avoir les mains vides ou de me faire accompagner d’une présence féminine afin de ne pas être soupçonné de vouloir présenter des photographies.

La première fois que je passais le seuil de la galerie Agathe Gaillard, c’était, un peu par hasard, en 1992 lors du vernissage de Bruce Gilden. A l’époque, je ne possédais même pas d’appareil photo…

J’ai relaté la petite histoire à Agathe alors que, bien longtemps après, j’exposais mes portraits de femmes dans sa galerie. Elle m’a dit « Mais il y a des photos du vernissage de Bruce : les planches contact d’Yvette Troispoux ! ». Moi j’ajoutais « ah, oui, je me souviens que tu avais une belle robe longue et noire et que tu fumais des cigarettes roulées … »

En effet, sur les contacts noir et blanc 24×36, Agathe Gaillard portait une robe noire au milieu des volutes. On pouvait aussi distinguer le jeune homme intimidé que j’étais.


Votre ouvrage est très attentif à la sensualité des passantes, aux visages de la vieillesse, aux bars. Y a-t-il des audaces que vous ne vous autorisez pas ?

Certaines prises de vue, je les garde pour moi. Des photos un peu crues, vaguement porno, à la sauvette, ou bien très noires, des fleurs, des hôpitaux, des aubes, des morgues, des ivresses, des hôtels… Je voudrais les réunir et, sans indications géographiques ou de circonstances, appeler l’ensemble Soleils noirs de la photographie.

Avez-vous exclu beaucoup d’images de votre livre ?

Non, peu. Contrairement à Tout doit disparaitre (1997 – 2017) où il a fallu ne conserver qu’une cinquantaine d’images sur vingt années. Lors de la conception des deux ouvrages, le plus important a été le rythme, l’ordre – ou le désordre – d’apparition des photographies.


Quel rôle joue la Corse dans votre travail ?

La Corse, c’est la terre de mes grands-parents. Là où sont nées mes premières images, l’hiver, à la fin des année 1990 dans les environs du village de Monaccia d’Aullène.
Un ami me trimballait à l’arrière de sa bétaillère par monts et par vaux.

Je photographiais des fleurs sombres dans la clarté glacée. Il me semble que j’étais vaguement amoureux. Je faisais mes gammes, avec un gout prononcé pour les fausses notes et les improvisations peu contrôlées.

 

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